mercredi 19 novembre 2008

Mais que fait l'AFSCA ?

Qui d’entre vous a déjà mangé des biscuits au sirop d’érable ?

C’est une expérience traumatisante. Si vous avez des biscuits au sirop d’érable chez vous, jetez-les immédiatement. Qu’il n’en reste aucun.

J’ignore ce que les Canadiens donnent à manger à leurs érables pour qu’ils deviennent si écoeurants, mais c’est une honte. Pire : non seulement ils sucrent outrageusement leurs sous-bois, mais ils sucrent aussi le biscuit qui entoure le sirop.

Résultat : un lukum nordique, en moins gluant.

C’est une entente turco-canadienne pour le gâchis dentaire.

Or j’en ai un stock entier, moi, de ces biscuits. Je les ai achetés à l’aéroport de Montréal, à prix d’or et en désespoir de cause, car je n’avais pas de cadeau pour l’anniversaire imminent de mon neveu.

Chaque année, ce bon à rien fête son anniversaire juste après mes vacances, dans l’espoir de recevoir un gadget électronique acquis hors taxes. Chaque année, je lui ramène un produit local, pour qu’il apprenne au moins quelque chose sur ma villégiature. En l’occurrence, il s’agissait de biscuits au sirop d’érable, découpés en forme de feuille d’érable pour que le consommateur comprenne bien de quoi il s’agit.

En dernière minute, j’avais conservé la boîte, tant ils avaient l’air délicieux, ces biscuits virevoltant devant une forêt aux couleurs de feu de Bengale, flanquée de l’inévitable cabane à rondins.

Mal m’en a pris : ils sont infects.

Et dire qu’en échange, j’ai offert des truffes à mon neveu.

Des truffes.

DES TRUFFES.

dimanche 19 octobre 2008

L'aguicheuse


Hortense a un succès phénoménal auprès des 4x4.


Ils ne cessent de la siffler, les mufles, surtout lorsque son profil droit passe à deux doigts de leur pare-buffle. Elle, elle joue les offusquées, mais je sais bien qu’elle est flattée. Dès qu’un tout-terrain rôde dans les parages, elle fait des embardées coquettes, elle croise les jantes avec des airs de Sharon Stone.


Je me demande quel type de phéromones peut bien exhaler une Peugeot 106 Sketch de 1997 sans pot catalytique.


Chez les automobiles, l’automne est la période des amours. Le printemps d’Hortense s’est déroulé sans histoires : à peine quelques flirts avec les trottoirs et un frotti-frotta contre l’aile du char métallisé de mon propriétaire, aussitôt escamoté au feutre noir. Mais depuis que les châtaignes tombent, Hortense est intenable. Elle bat la ville à toute heure du jour et de la nuit, en quête d’un soupirant doté d’un gros attache-remorque.


Hélas, les conducteurs de ses galants sont snobs. Ils ne veulent pas que leur Dodge saillisse mon Hortense. Ils imaginent avec horreur le résultat d’un croisement entre leur ersatz de tank et ma brouette à quatre roues. Et c’est à moi qu’ils s’en prennent : ils gesticulent derrière leur pare-brise en me traitant de naufrageur.


Qu’y puis-je, moi, si ma rutilante est en rut ? Jusqu’ici, elle s’était bien tenue. Mais depuis quelques jours, je ne sais plus à quel saint me vouer : elle aguiche tout ce qui roule, elle crisse dès qu’elle voit un couple qui s’embrasse les pare-chocs sur le bas-côté. Elle réclame de l’huile à des heures indues, elle veut que je la bichonne une fois par mois, elle dit qu’elle n’a plus rien à se mettre et moi je dépense ma maigre paie en enjoliveurs à douze branches. Elle m’a même réclamé une jupe.


Si cela continue, je finirai par avoir des ennuis. J’envisage la castration mécanique. Ou de lui mettre un sabot de chasteté.


Même au contrôle technique, il a fallu qu’elle fasse des siennes. A force de se trémousser pour attirer l’attention d’un gros nigaud de fourgon, elle a été disqualifiée. Et pas question d’y retourner seule, pensez-vous : j’ai à nouveau dû l’accompagner. Comme elle faisait mine basse, le pot entre les jantes, ils ont cru qu’elle était crevée.

Et rebelotte : ils me l’ont refusée.


Tout cela parce que les hormones de Mademoiselle sont en effervescence.


Sur le bitume, c’est pire : pendant qu’Hortense minaude, je risque ma vie à chaque instant. Hier, elle a bien failli se faire culbuter par un jeune autobus. A son âge. Elle a calé net à l’abord d’un rond-point, soi-disant parce que j’avais négligé d’enfoncer l’embrayage. Moi j’ai bien vu qu’elle lorgnait le bus qui nous suivait. Depuis deux kilomètres, elle tentait de se retourner à chaque virage pour lui glisser une œillade. Quand le chauffeur du bus est descendu, elle s’est mise à ronronner, comme si de rien n’était. Et qui s’est retrouvé nez à nez avec vingt-trois passagers, un chauffeur et un dogue haineux ?


Georges.


Penaud.


Contraint de se répandre en excuses pour une faute qu’il n’avait pas commise.


J’aurais pu me faire lyncher. Pendu à un panneau B1, sans même l’espoir d’une mandragore. Si cela continue, je la cède à un marchand d’épaves. Direction l’île de Gorée, comme au bon vieux temps.